l’Homme de Bacon, le Musée Egoïste

cette créature m’a été proposée par Alex-6

L'homme de bacon, le musée égoïste

cliquezVoici les détails qu’Alex-6 m’a donné :

« texte issu d’une rubrique qui s’appelait : « Art -Spectacles du « Nouvel obs » ( 28 juin 1985 ) et l’article était un extrait écrit par Mario Vargas Llosa qui s’intitulait: « L’Homme de Bacon, le Musée égoïste ». Il me semble que dans cet article Llosa a essayé de restituer les tourments du peintre ; ses hommes qu’il peint, même quand ce sont des cardinaux ou des papes, sont des écorchés vifs souvent enfermés dans des cubes de verre ou assis sur des WC! Je ne sais pas si je t’aide beaucoup en te disant ça?

Moi, à l’époque c’est la dernière phrase qui m’avait marquée:

Regardez-moi bien

Reconnaissez- vous! »

Francis Bacon, né le 28 octobre 1909 à Dublin et mort le 28 avril 1992 à Madrid, est un peintre anglais.

Peintre de la violence, de la cruauté et de la tragédie d’où, à ses dires, « l’odeur du sang humain ne [le] quitte pas des yeux », l’œuvre de Francis Bacon se déploie en grands triptyques mettant en scène sa vie, ses amis, son admiration pour Diego Vélasquez, Vincent van Gogh ou Pablo Picasso, ou par des portraits torturés, comme pliés dans la texture de la toile, de ses amis Michel Leiris, Mick Jagger, etc…

… J’ai donc essayé de représenter la bestiole à partir de ce texte en « personnifiant » une peinture qu’aurait pu peindre Bacon (artiste dont je n’arrive pas au poil de la cheville) :

« J’ai eu l’oreille gauche arrachée d’un coup de dent, en me battant avec un autre humain, je crois.

Mais par la petite fente qui est restée, j’entends clairement les bruits du monde…

… Je vois également les choses, bien que de biais et avec difficulté. En effet, même si à première vue cela n’est pas évident, cette protubérance bleutée, à gauche de ma bouche, est mon œil.

Qu’il soit là, à fonctionner, à enregistrer les formes et les couleurs, relève du prodige de la science médicale, en témoignage de l’extraordinaire progrès qui caractérise l’époque que nous vivons.

J’aurais dû être condamné à l’obscurité perpétuelle depuis le grave incendie – je ne me souviens plus s’il avait été provoqué par un bombardement ou un attentat- où tous les survivants ont perdu la vue et les cheveux, à cause des oxydes.

J’ai eu de la chance de perdre un seul œil, l’autre a été sauvé par les ophtalmologues au terme de seize interventions.

Il n’a pas de paupière et pleure fréquemment, mais il me permet de me distraire en regardant des films et surtout de détecter rapidement l’apparition de l’ennemi.

Le cube de verre où je me trouve est ma maison.

Je peux voir à travers les murs mais personne ne peut me voir de l’extérieur. Un système qui garantit parfaitement la sécurité du foyer, en ces temps de traquenards. Les vitres de mon cube sont bien entendu, à l’épreuve des balles, des germes, des radiations et du bruit.

J’ai un odorat très développé et le nez est la source de mes plus grandes jouissances et de mes plus grandes souffrances. Dois-je appeler nez cet organe membraneux et gigantesque, qui capte les odeurs, même les plus secrètes ? Je veux parler de cette masse grisâtre, parsemée de croûtes blanches, qui démarre à la hauteur de la bouche et s’abaisse, en grossissant, jusqu’à mon cou de taureau. Non, il ne s’agit pas du gonflement d’un goitre ni d’une paume d’adam boursoufflée par l’acromégalie. C’est mon nez.

Je sais qu’il n’est pas beau, ni utile, car son excessive sensibilité le transforme en épouvantable instrument de torture, quand, par exemple, un rat crevé pourrit dans le voisinage ou que des matières fétides passent dans la canalisation qui traversent ma demeure.

 Et pourtant je le vénère et parfois je pense que mon nez est le siège de mon âme (si tant est que l’âme existe).

Je n’ai ni bras ni jambe mais quatre moignons sont bien cicatrisés et se sont durcis, de telle sorte que je peux me déplacer avec facilité et même rapidement si besoin est. Jusqu’à présent les poursuivants lancés à mes trousses n’ont pas réussi à m’attraper.

Comment ai-je perdu les mains et les pieds ? un accident de travail peut être, ou, éventuellement, avant ma naissance, alors que je baignais encore dans le placenta, par la faute d’un médicament que ma mère avait ingurgité pour avoir une grossesse anodine (la science ne réussit pas à tous les coups).

Mon sexe est intact.

Je peux faire l’amour, à condition de rencontrer une partenaire compréhensive, qui me permette de me placer de telle façon que mes furoncles ne frôlent pas son corps, car alors ils éclatent, ils laissent échapper un pus nauséabond et j’endure d’horribles douleurs.

J’aime forniquer mais je ne suis pas un aigle. Je connais souvent des fiascos ou l’humiliation d’une éjaculation précoce.

Je suis convaincu, que, plus que dans l’amour, c’est dans la défécation que l’homme prend du plaisir.

Ma plus grande source d’orgueil est ma bouche. Il n’est pas vrai qu’elle reste grande ouverte parce que je hurle de désespoir. Je la tiens ouverte pour montrer mes belles dents blanches et aiguisées.

Qui ne les envierait pas ? Il m’en manque à peine deux ou trois. Les autres sont solides et carnassières. En cas de nécessité, elles broient des pierres. Mais elles préfèrent se refermer sur des filets et des fesses de génisses, s’incruster dans des tétons et des cuisses de poules ou gorges d’oiselets

Manger la chair est la prérogative des Dieux.

Je ne suis pas malheureux et ne veux pas qu’on s’apitoie sur moi. Je suis comme je suis et cela me suffit.

Savoir que d’autres connaissent pis et une grande consolation. Il est possible que Dieu existe, mais à ce niveau de l’histoire, cela n’a pas la moindre importance.

Le monde aurait pu être meilleur qu’il n’est ? Oui, peut être, mais quel intérêt y-a-t-il à se le demander ? J’ai survécu et en dépit des apparences, je fais partie de la race humaine.

Regardez-moi bien

Reconnaissez- vous. »

- tiretSi toi aussi tu veux voir un monstre entrer dans le bestiaSADaire

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- tiret

2 réflexions sur “l’Homme de Bacon, le Musée Egoïste

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